Peindre l’humain
L'écriture a toujours joué un rôle essentiel dans mon existence. J'ai écrit pour gagner ma vie et aussi pour m'exprimer au sens littéraire du terme.
Ces dernières années, durant des mois et des mois, j’ai peint de la calligraphie sous forme de lettres au pochoir, de mots insensés, de gribouillis, de lettres cursives ou de signes inspirés de l'art du graffiti. Tous ces signes réfèrent à une parole, un discours.
Puis, soudainement, le corps humain a envahi ma peinture avec une remarquable insistance.
D’une part, après des voyages en Afrique et au Moyen Orient, j’ai été prise de fascination pour les petites statues anciennes appelées Vénus, faute d’un meilleur mot, par les archéologues qui les ont découvertes. Leur beauté brute, de même que leur renversante modernité, suggèrent une esthétique de la féminité assez éloignée de celle qui prévaut dans la société d’aujourd’hui.
D’autre part, l’évolution de la notion de genre à laquelle nous assistons actuellement m’a poussée à explorer non seulement les concepts d’ambiguïté, d’indétermination et de secret, mais aussi les points communs à tous les êtres humains : organes vitaux, peau, cheveux, vieillissement, beauté, sensualité, mouvement, vie, douleur et mort.
C’est ainsi que ma peinture oscille à présent entre figuration et abstraction, dans un entre-deux qui correspond parfaitement à mon exploration.
Très souvent, j'efface, gratte ou recouvre les marques que j'ai déjà apposées sur le support. Or, la peinture qui a déjà été appliquée sur un substrat ne disparaît jamais totalement, tout comme le son, dit-on, se propage éternellement dans l'univers une fois émis. Ainsi mes toiles sont porteuses de récits, des récits composés de plusieurs couches, itérations ou incarnations, des récits que l'observateur doit découvrir, lire et reconstituer par lui-même.